
Internet a débuté alors que je n’étais encore qu’un adolescent timide et boutonneux. Plus trop adolescent et plus trop boutonneux mais toujours timide, j’ai découvert avec curiosité, un samedi après midi, les salons de discussions et le tchat grâce à un ami. Il m’a dit, tu vas voir c’est tout simple, tu crées un pseudo et tu te connectes à un des salons (souvent organisés par tranche d’âge), et tu peux parler à plein de monde et surtout à plein de filles! Mais comment savoir qui se cache derrière le pseudo auquel on envoie une demande de tchat? Le mot de passe à l’époque c’était ASV, Age Sexe Ville et la conversation commençait ou pas….

Internet a changé ma vie moi qui n’osais pas aborder les filles dans la rue, en soirée ou en boite. Bon j’avoue, n’allant pas souvent en soirée de peur d’être mis en boite, ça n’aidait pas. Alors avec internet et les salons de discussions, j’ai sauté sur l’occasion. Ma timidité planquée derrière l’écran, je me suis lancé et je me suis pris au jeu. Autant dire que lorsque je suis parti à l’autre bout de la France pour mes études et que je me suis retrouvé dans ma chambre d’étudiant avec mon ordinateur à moi tout seul, remplaçant le pc familial au milieu du salon et à la vue de tout le monde, je n’ai plus compté mes heures passées sur les salons de discussions. J’ai pu tester ma capacité à tenir une conversation avec un membre de la gente féminine.

Inconsciemment, les filles avec lesquelles le courant passait bien se trouvaient à plusieurs heures de routes, ou de train, de sorte que la question de la rencontre qui me terrorisait ne se pose même pas. Et pourtant, certaines filles avaient plus de suite dans les idées que moi. Je me rappelle de cette fille habitant Colmar qui m’avait envoyé sa carte de bibliothèque par courrier pour que je sache à quoi elle ressemblait, et qui était prête à rejoindre le nord de la France pour me voir en chair mais surtout en os (je n’étais déjà pas gros à l’époque). Ayant toujours une certaine capacité à décourager même les plus téméraires, elle ne fit jamais le déplacement et je me mis à discuter avec d’autres filles. Dont une certaine Coralline domiciliée elle aussi dans l’est de la France (décidément…). Elle, ce qui m’a sauvé, c’est qu’elle a rencontré assez vite son Mr zYeux bleus qui l’a donc détourné de toute velléité de rencontre. Et j’avoue, ça m’arrangeait bien. J’ai toujours préféré le rôle de confident et d’ami à celui d’amant ou petit ami qui m’a toujours paru comme un rôle temporaire beaucoup plus risqué et moins flatteur. J’ai donc suivi l’évolution de cette fille que je n’avais jamais vu, jamais rencontré, dont je n’avais jamais entendu la voix mais qui me parlait de ses envies de maternité. 9 mois plus tard, elle envoyait à cet inconnu un faire part de naissance après lui avoir envoyé un gros paquet de bonbons, spécialité de sa région qui ont fait bien plaisir à tous mes collègues. Collègues qui n’ont jamais réellement compris qui me les avait envoyé et pourquoi.

A cette époque, les rencontres internet étaient encore un sujet tabou. Aujourd’hui on a encore du mal à avouer devant monsieur le maire qu’on a rencontré madame sur un site de rencontres mais c’est au moins rentré dans l’esprit collectif, on sait que ça existe, que ça marche, puisqu’on a tous maintenant dans notre entourage quelqu’un qui a rencontré sa moitié de cette manière. Mais il y a 15ans, Meetic en était à ses balbutiements et était le tinder de l’époque avec une réputation sulfureuse, loin de l’image haut de gamme qu’il veut se donner maintenant, limite puritain à côté de toutes les applications et autres sites de rencontres extra conjugales. Bref, ça faisait mauvais genre de dire qu’on avait rencontré quelqu’un sur internet même si ce n’était qu’une relation épistolaire. Et d’ailleurs, on avait décidé d’une version officielle qui était que nous nous étions déjà vu une fois et que nous étions devenus amis, en particulier pour la moitié de Madame. Difficile de justifier de longues conversations sur MSN Messenger ou Yahoo Messenger (les ancêtres de Whatsapp pour les moins de 20ans) avec un mec totalement inconnu. Encore aujourd’hui, qui n’irait pas s’imaginer qu’il y a anguille sous roche…Pas d’anguille ni de roche mais juste une grotte où je me suis toujours caché, et encore maintenant. Résultat, plus de 15 ans après je continue à parler avec Coralline mais je ne l’ai toujours pas rencontré. Et là j’entends les « ohhhhh » pas possible. Eh bien si c’est possible. J’ai beau parcourir le monde en long en large et en travers, je n’ai jamais fait de détour par l’est de la France. Qui n’a jamais été déçu après une rencontre internet ? Notre relation est tellement spéciale que je stresse un peu à l’idée de la gâcher. Chat échaudé craint l’eau froide.

Comme je l’ai dit plus haut, je faisais tout pour ne pas arriver à l’étape de la rencontre lorsque j’ai débuté mes discussions virtuelles, seulement ce qui devait arriver arriva. Après 4 mois d’échanges intensifs avec une lyonnaise originaire d’Annemasse, le bruxellois que j’étais devenu devait déployer des trésors d’imagination pour chercher des excuses pour ne pas traverser la France en direction de la capitale des gaules. Mais toutes les filles n’ont pas la même patience et après un ultime refus, l’oiseau s’est donc envolé et a coupé les ponts.
Ça m’a servi de leçon, j’étais bien décidé à franchir le pas de la rencontre réelle dès que l’occasion se présenterai à nouveau. Et elle s’est présentée quelques mois plus tard sous la forme et les formes d’une altermondialiste avant l’heure, un peu hippie beaucoup moralisatrice. Durant toute l’heure qu’on a passé ensemble, elle m’a culpabilisé parce que j’ai osé dire que j’envisager d’investir dans un vélo. Certes j’étais désolé pour elle qu’elle n’en ait pas les moyens mais je ne comptais pas non plus m’acheter une Ferrari. A la fin de cette première rencontre j’étais content d’avoir enfin franchi l’étape de la traversée de l’écran mais plus trop motivé pour revoir cette fille avec qui je suis tout de même resté en contact avant que les liens ne se distendent.

Ragaillardit par ce regain de confiance en moi maintenant que je me savais capable de survivre à une rencontre en chair et en os, j’ai tenté de renouer le contact avec mon Annemassienne qui a fini par accepter de reprendre nos discussions. Un an plus tard, je suis allé passer un week end chez elle en tout amitié. Amitié qui a duré 10 ans jusqu’à ce que je vienne habiter dans la même région qu’elle. Elle m’en avait vanté les mérites ainsi qu’un autre ami et j’ai fini par y trouver un travail et venir m’y installé. Ce faisant, j’ai perdu mon statut d’ami virtuel bien réel en devenant un ami réel et plus du tout virtuel. Je n’ai pas trop compris pourquoi mais elle a pris le premier prétexte pour couper définitivement les ponts, j’avais osé lui proposé d’aller manger un midi ensemble et j’étais semble t-il envahissant, allez comprendre…
Chat échaudé craint donc l’eau froide, je n’aimerai pas que le même scénario se reproduise avec Coralline. ça m’ennuierait de ne plus pouvoir écrire sur son/notre blog… Mais n’ayant pas prévu d’aller vivre dans l’est de la France prochainement, a priori rien à craindre! Il faudra donc sauter le pas un jour prochain….suite au prochain numéro !
