Immersion: les sites de rencontre (5) rencontres sur site

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Note au lecteur, les expériences racontées ci dessous sont romancées et ne reflètent que partiellement la réalité. 

J’ai enfin trouvé la force de quitter le côté obscur des sites, pour rencontrer une femme en chair et en os. Je jouerai les chevaliers jeudi avec Laura. A priori mon sabre laser restera dans son fourreau  pour cette rencontre qui s’annonce éclair à moins d’un coup de foudre. A quoi bon traverser l’écran pour se retrouver devant un verre. En ce qui me concerne, c’est de toute façon un peu court pour briser la glace. Et dire que certains songent déjà à se rouler un patin à la fin, des morts de faim sûrement. A la fin j’ai plutôt tendance à vouloir être mort de rire, au moins je me sens vivant et ça me donne envie de remettre ça très vite. Enfin, trêve de théorie, place à la pratique pour un bon repas au restau, le site de cette rencontre.

Laura donc, une énigme. Visite de mon profil, pas de message, pas de flash, même pas dans ses favoris. A priori je ne lui ai pas tapé dans l’œil. Manquerait plus que ça, je suis un non violent. Je me dis, hein ?! Tient, vaut mieux que tu l’oublies celle-là tu ne l’auras pas.

J’ai consulté l’oracle qui a eu un flash un peu bateau. Cette fille est timide, tu dois faire le premier pas moussaillon. Je n’ai pas le pied marin mais j’en ai marre de ne pas prendre mon pied à deux. Je prends donc mon courage à deux mains ou plutôt mon ordinateur et je décide de lui écrire un message, pas enflammé, mais sage. Pourtant la sagesse me conseille plutôt de m’abstenir. Ni urne ni deux, je m’isole à la campagne, un peu d’électro, quelques râles et me voici à rédiger mon programme pour obtenir peut être le  droit d’entendre sa voix, et d’être éventuellement un jour l’élu de son cœur. Si elle me lit, alors tous les espoirs sont permis. Ne pas tenter sa chance serait stupide donc, je tire ma flèche virtuelle. Je ne me fais pas d’illusions, mais tant qu’il y a de l’envie, il y a de l’espoir.

Deux jours après. J’en ai plein le dos de ne pas avoir de message mais tout se débloque en ce lundi soir. Alors que je regarde l’amour est dans le pré, le bonheur n’est plus très loin. L’oracle était dans le vrai. Je reçois une réponse de Laura ! Ce petit mot me donne des ailes, je suis aux anges, j’en oublie tous mes maux. Elle a envie de faire ma connaissance ! L’inverse aurait été une grosse perte. C’est juste dommage qu’elle ne m’ait pas fait part de cette envie dès la première visite de mon profil, ça m’aurait évité une visite chez mon psy.

Je m’empresse d’entamer la conversation. La mayonnaise prend bien. Après une soirée d’échanges intenses, elle met directement les pieds dans le plat en prononçant le mot fatidique: rencontre ! Nous sommes d’accord sur un point, il faut qu’on se voit tellement nous en avons en commun. Pour le commun des mortels, rencontrer une femme est une chose naturelle, mais pas pour moi, je suis mort de trouille. Je ne cherche pas un 5 à 7 mais la citrouille qui va se transformer en carrosse laissant apparaître une magnifique jeune fille, et pas la fée carabosse.

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Rendez-vous dans un restaurant japonais de mon quartier. Je suis en mode guerrier, il n’y aura pas de quartiers ce soir. Mais je vais surtout essayer de ne pas tomber dans les pommes puisque je n’en mène pas large et j’aimerais bien le prendre….Comme d’habitude je suis en avance et les minutes qui me séparent de l’heure H durent un siècle. Même pas chiche d’en fumer un peu pour me détendre et ce ne sont pourtant pas les revendeurs qui manquent dans le coin. Finalement, elle arrive, grand sourire, visage lumineux, je ne suis pas déçu.

Contrairement à moi, Laura est très sûre d’elle. Elle mène les débats pendant que je me débats avec ma fourchette qui s’entête à vouloir me glisser d’entre les doigts. Ma maladresse ne semble pas l’atteindre et elle continue à exposer ses attentes et les raisons de sa présence sur le site.

Note pour plus tard, toujours prendre un plat simple à manger et sans sauce, ça évite les accidents en cas de stress trop prononcé. Même les mots, j’ai du mal à les prononcer. J’essaie de me rappeler les cours d’orthophoniste de mon enfance. Mais j’ai cette sensation étrange que je peux renverser mon verre, faire tomber mes lunettes dans l’assiette ou glisser de ma chaise, ça ne la perturberait même pas ! Elle continue son speech. En gros, elle a bien profité de la vie jusqu’à maintenant et il est temps de se poser et de construire une famille. Je suis fort en construction de meuble Ikea ou de Lego mais en famille, je manque un peu d’expérience. Elle rigole, je marque des points. J’ai toutes mes chances pour le poste. Je parviens à finir mon plat sans en mettre partout, ça aurait fait tâche sur mon CV.

On se quitte sur la place devant le restaurant avec le sourire et l’envie de se revoir. L’aura qu’elle dégage me donne pourtant envie qu’elle reste. Mais Il semble que je sois sélectionné pour la suite du processus de recrutement. Le pire dans tout ça c’est que j’ai l’impression de ne rien avoir fait pour, et le meilleur est sûrement à venir. Cette rencontre était un peu comme un entretien d’embauche où c’est l’entreprise qui essaie d’attirer le candidat et pas le postulant qui tente de se vendre. Assez étonnant ce premier contact. Et dire que si je n’avais pas osé lui envoyer un message, nous ne nous serions peut être jamais parlé.

Second rendez-vous une semaine plus tard, au théâtre. Là ce n’est pas nous qui parlons mais il y a d’autres modes d’expression. A peine le spectacle a-t-il commencé qu’elle en profite pour tenter un rapprochement, prétextant un champ de vision limité. Elle se love contre moi et mon cœur se met à battre les trois coups alors que le rideau est déjà levé. J’ai le cœur en pièces et il n’y aura pas de coup de théâtre pour finir la soirée qui se terminera évidemment par un joli baiser avant de se séparer.

Histoire idyllique digne d’un roman d’Arlequin. Scénario peu original qui se termine normalement par ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Mais pour apprécier cette histoire, il faut mieux avoir l’amour des romans que la volonté de lire un roman d’amour. Peu de place aux sentiments quand tout est écrit d’avance. J’ai l’impression de faire partie d’un projet plus que d’être la rencontre qu’elle attendait depuis toujours. Quitte à jouer un rôle j’aurais aimé pouvoir lire le script avant de l’accepter. Je préfère les films avec des rebondissements. Je décide donc d’abandonner le tournage et de tourner la page. Evidemment elle se sent trahit et m’assure que le projet est fichu. Pourtant mon nom est vite remplacé en haut de l’affiche, la roue tourne.

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Quand on tombe de vélo, chacun sait qu’il faut se remettre en selle le plus vite possible, au risque de perdre les pédales. Je me reconnecte donc sur le site et je saute sur le premier profil féminin que je vois en ligne. Coup de bol, elle mord à l’hameçon et me répond. J’avoue avoir mis un peu de côté mes critères. Anaïs n’habite pas vraiment la porte à côté. Mais je suis plutôt ravi d’avoir déjà un nouveau contact, c’est bon pour le moral et l’ego. Ça se passe tellement bien qu’on décide de se voir durant un festival la semaine suivante, ce sera à mi-distance pour tous les deux, parfait. Là où j’aurais dû me méfier, c’est quand elle a proposé de regarder les horaires de trains pour moi. Certes je sors d’une rupture et je n’ai pas tous mes esprits mais je ne déraille pas au point de ne pas pouvoir acheter un billet tout seul. J’aurais dû tiquer…

Le jour J, rendez-vous est pris à la gare du lieu du festival. Je suis censé la prévenir par texto du train dans lequel je monte. Elle en fait de même. Elle arrive 5minutes avant moi, ça devrait être facile de se retrouver. Durant le voyage, la batterie de mon téléphone me lâche et moi je recharge les miennes pour affronter cette nouvelle rencontre. Allez courage, je ne suis pas un lâche. Comme elle est au courant de mon heure d’arrivée, je ne m’inquiète pas de ne plus pouvoir communiquer avec elle.

Arrivé à la gare, je reste à quai en me disant que dès qu’il se sera vidé, je devrais vite la repérer. Cinq minutes après, le quai est désert et pas d’Anaïs à l’horizon. Elle n’a pourtant pas la taille mannequin pour pouvoir se cacher derrière un poteau. Je décide de descendre et d’aller voir à l’entrée de la gare si quelqu’un m’attend. Pas de comité d’accueil non plus. Ma panne de batterie me fait de moins en moins rigoler.

Quelques minutes plus tard, une personne s’approche, elle n’a pas l’air de rigoler elle non plus. C’est Anaïs. « Alors t’as changé d’avis ? » me lance-t-elle sur un ton agressif et d’un regard accusateur. C’est toujours surprenant de se retrouver dans la peau de l’accusé quand on pense ne rien avoir à se reprocher. Quelque chose me dit qu’elle a déjà été victime du coup du lapin, Je me mets à sa place ça minerve aussi. Je remets donc les choses à plat en lui expliquant que ma batterie de téléphone l’est également ce qui suffit à la calmer, ouf. Je vois bien qu’elle s’est fait des cheveux ne me voyant pas arriver, il y en a même un qui lui a poussé sur le menton. J’avoue que ce n’est pas du plus bel effet…Entre l’agression en arrivant et ce petit poil sur lequel je bloque, la soirée s’annonce longue et barbante. Je n’ai qu’une envie, enfin non deux, la première remonter dans le train tout de suite et la seconde prendre une paire de ciseaux et couper ce filament pileux ! Et en plus ce n’est pas une lumière. Bref le courant ne passe pas et je me demande ce que je fais là.

N’étant pas du genre, ni à poser un lapin, ni à courir deux lièvres à fois, ni à rentrer me terrer chez moi, je décide de passer la soirée comme prévu au festival. Mais je pose aussi les jalons pour la raccourcir au maximum en lui répondant épuisante quand elle me demande comment qualifier ma journée.

Nous commençons à nous balader sur le marché du festival en attendant que commencent les concerts. C’est juste incroyable comme la communication peut être difficile avec certaines personnes. Je ne comprends pas ce qu’elle dit et de toute façon ça ne m’intéresse pas. Et quand je parle, j’ai l’impression que c’est du chinois pour elle et pourtant je suis nul en langues étrangères. A défaut de boire nos paroles nous décidons de nous arrêter à la terrasse d’un restaurant pour manger. La conversation ne décolle toujours pas et est toujours imbuvable. C’est la première fois que j’impressionne une fille en lui disant que je sais additionner deux cellules dans Excel. J’aimerais surtout me soustraire à cette rencontre. Une chose est sûre, je ne lui expliquerais pas la formule 1+1=3. Je m’accorde quelques minutes de répit en allant aux toilettes et j’échafaude un plan pour vite rentrer chez moi. Je n’ai pas pris de petite laine, il ne fait pas très chaud, voilà une excuse toute trouvée pour fuir.

De retour à la table, je n’ai même plus envie de faire un effort. Suis-je le seul à m’apercevoir que nous n’avons rien à nous dire ? A priori oui puisqu’elle continue à parler pour ne rien dire. Je mets en place ma stratégie en faisant remarquer que la température tombe en même temps que le soleil se couche. Gentiment, elle me propose son gilet. J’ai un mauvais réflexe, je lui dis merci mais il est sûrement trop grand pour moi. En voyant son visage se décomposer, je réalise qu’elle a interprété cette réponse comme une allusion à ses kilos en trop. Mon indice de masse corporelle n’étant pas très reluisant non plus, ce n’était clairement pas mon intention. Et en même temps, elle est tellement à la masse… . Là où normalement je me serai excusé, monstre que je suis, je me dis que c’est une bonne chose pour moi qu’elle me prenne pour un méchant garçon, c’est peut-être elle qui voudra remonter dans le train avant moi, mais même pas…Elle me propose à nouveau son gilet un petit peu plus tard. Je lui fais remarquer cette fois que je n’aurais pas l’air trop fin avec un gilet rose sur le dos, ça passe mieux, elle n’a pas du comprendre le jeu de mot… .

Le temps, lui, ne passe toujours pas vite. Elle a envie de manger une glace. Elle m’en propose une mais je refuse poliment. J’en profite pour aller admirer le coucher de soleil sur le lac le temps qu’elle fasse la file. Je remets mon envie de filer à plus tard en admirant les reflets orangés du soleil sur les eaux du lac et en me disant que c’est fou comme le spectacle de la nature ne s’admire pas de la même façon selon la compagnie avec laquelle nous sommes…

Nous décidons ensuite de rejoindre la zone des concerts gratuits. Qui dit concerts gratuits, soleil et début d’été dit foule. Tracer son chemin à travers elle est un défi qu’Anaïs relève motivée comme jamais avec la grâce d’un éléphant dans un jeu de quille. Je reprends le rôle du boulet en traînant ma mauvaise humeur à l’arrière. Petit à petit, un fossé se creuse entre nous. J’avoue, j’ai pensé une seconde à faire demi-tour et à lui fausser compagnie profitant qu’elle ait le dos tourné. Oui c’est horrible et je ne l’ai donc pas fait. Pas parce que je suis un gentil garçon. Ce soir, mon côté obscur a pris le dessus. Si je ne suis pas parti sans crier gare c’est tout simplement qu’elle savait où me trouver. Il n’y a qu’une seule et toute petite gare dans cette ville !

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Pris au piège, je reviens à sa hauteur, je fais mon grognon, il y a trop de monde, j’ai froid, je suis fatigué, je crois que je vais rentrer. Je lui précise évidemment qu’elle peut rester. Malheureusement, elle décide de repartir elle aussi (qu’on me donne une arme !). Allez je prends sur moi, plus que quelques minutes avant la délivrance. Mon train arrive le premier. J’ai compté les secondes, même les centièmes et les millièmes. Je la remercie pour la soirée et je saute dans le wagon en vérifiant bien qu’elle ne me suive pas ! Quand je vous dis que je suis un monstre…

A peine installé à ma place, j’ai déjà un sms pour me dire qu’elle a passé une bonne soirée et qu’elle serait ravie de me revoir très vite… . Surpris, je vérifie l’expéditeur. C’est bien la personne avec qui je n’ai pas cherché spécialement à être agréable ce soir qui m’écrit ce message. Je lui réponds gentiment que de mon côté ça ne l’a pas fait et que je préfère donc m’abstenir. Elle m’a répondu « LOL pas grave ». Même là j’ai eu du mal à la comprendre, l’important c’est que ça l’ai fait rire !

La période de loose a duré encore quelques temps. J’ai replongé assez vite dans l’univers des rencontres en allant boire un verre avec Cindy. Du haut de mon mètre 90, je me suis senti tout petit en la voyant débarquer monter sur des échasses digne des années 80. Des talons d’environ 15cm qui m’empêchaient d’avoir une vue plongeante sur son décolleté. Il aurait de toute façon fallut être doué en apnée, la chute aurait été vertigineuse. Et je ne vous parle même pas de sa chute de rein mis en valeur par une jupe aussi serrée que le café qu’elle a commandé. Moi qui aime passer inaperçu, c’est raté. Tous les yeux se tournent vers nous en rejoignant la terrasse du bar où nous décidons de nous installer. Les regards masculins brillent pendant que ceux des femmes crient gare à leur moitié qui admire trop longtemps le spectacle.

Elle choisit une table en bord de rue là où j’avais envie de me ruer au fond de la salle comme un mauvais élève. D’ailleurs la conversation ne vole pas haut et elle ne me laisse pas trop le temps de la relever. Impossible d’en placer une. Mon rôle consiste simplement à hocher de la tête comme un gadget canin à l’arrière d’une voiture en l’écoutant se gargariser de ses succès professionnels. Pendant ses longs monologues, je me surprends à penser à ma liste de courses. J’ajoute des boules quiès et du paracétamol. Un combat interne oppose mes oreilles à mes yeux. Tous n’en peuvent plus mais pas pour les mêmes raisons. Les premières veulent prendre les jambes à leur cou tandis que les seconds rêvent plutôt d’une partie de jambes en l’air. La conversation n’atteint toujours pas les sommets malgré le relief vallonné de son t-shirt. Je préfère redescendre sur le plancher des vaches vu qu’elle ne me fait pas un effet bœuf. Je prétexte la fermeture imminente de ma supérette et un frigo vide pour mettre fin à cette rencontre. Elle ne me laisse pourtant pas de glace mais j’aurais aimé qu’elle me titille à la fois les hormones et les neurones. Je suis exigeant. Elle m’a laissé une seconde chance quelques jours plus tard mais comme elle a continué son one woman show, je n’ai pas été chaud pour poursuivre. Elle s’est donc mise à la recherche d’un nouveau public et moi d’une fille un peu plus réservée.

Une fille réservée ce n’est pas difficile à trouver mais difficile à faire parler. De retour de commissions  à la supérette, je déguste une succulente pizza surgelée constituée de 4 sortes de fromage difficilement identifiables dans la masse visqueuse reposant en cercle sur environ 1 millimètre de croûte. Je tombe sur le profil d’Elodie, une jolie blonde aux cheveux courts, yeux bleus magnifiques. Trait de caractère : timide. Déjà un point commun, entre timides on se comprend. J’engage la conversation. Elle est ravie. Elle n’est pas très bavarde mais le contact passe bien et après deux semaines d’échanges nous décidons de franchir le pas de la rencontre. Rendez-vous est pris pour assister à un meeting d’athlétisme. La faire parler est une course d’obstacles. C’est un peu comme un 110 mètres haies où les haies nécessitent une perche pour les franchir. Tout le poids de la conversation est sur mes épaules. Chaque question que je pose est un triple saut vers l’inconnu. Plus les minutes passent et plus je deviens marteau. On ne va pas tarder à toucher le fond. Sa conversation est composée à 40% de oui, 40% de non et 20% d’abstention, et encore je ne compte pas les blancs qui ponctuent nos échanges. D’ailleurs on échange plus de regards que de mots. Je dois me creuser la tête pour alimenter la discussion.

De fil en aiguille, on en arrive à parler de sa passion, la couture. J’en entends déjà rigoler et je ne vois pas pourquoi. Déjà se moquer n’aide pas une personne timide à se mettre à l’aise. Ensuite heureusement que la couture existe pour assembler les vêtements que vous portez actuellement ! Et si vous n’en portez pas, ce n’est pas parce que je me mets à nu dans ce blog que vous pouvez vous permettre d’être à poil pour le lire.

Bref je lui promets de ne pas piquer de fou rire si elle me dit comment lui est venue cette passion. Silence gêné, les pommettes deviennent rouges, quelques petits bruits sortent de sa bouche que je prends pour de petits gloussements tout ça pour en arriver à un « non je ne peux pas le dire » accompagné d’un petit rire enfantin. Ok, donc même la faire parler de sa passion ne marche pas. Je suis frustré de ne pas pouvoir en découdre. Elle a beau être mignonne, elle reste complètement muette comme une nonne muré dans le silence d’un couvent. Sous couvert d’un train à prendre, je fais le mur et prend la poudre d’escampette. Ne pas avoir de voiture a des bienfaits écologiques mais vous sort également parfois de situations délicates. Je l’ai revu une seconde fois tout de même en me disant que la timidité de la première rencontre aurait disparu. Il y a effectivement eu une progression. 40% de oui sûrement, 40% de certainement pas et 20% de ricanements. L’avantage c’est que pour le mariage un oui suffit. Après 5ans de vie commune j’aurais sûrement réussi à obtenir des phrases en réponse à mes questions, mais j’ai quand même poursuivi mes recherches persuadées qu’il y avait d’autres jolies blondes aux yeux bleues sur le site dotées en prime de la parole.

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Après ces difficiles expériences, il faut que je retourne chez mon psy pour lui parler de ce côté de ma personnalité dont je ne soupçonnais pas l’existence, au fil de mes rencontres je deviens méchant et cynique envers la gent féminine. Mais j’ai trouvé encore plus efficace. Dès que mon radar anti plan foireux a été à nouveau opérationnel, J’ai engagé la conversation avec une de ses collègues sur le site.

On fait connaissance par messages alors qu’elle est coincée dans une file d’attente à la Fnac. J’ai donc tout le loisir de lui poser des questions. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle me donne des réponses. J’ai déjà l’impression qu’elle lit en moi comme dans un livre ouvert. Elle passe enfin à la caisse mais je ne la lâche pas pour autant. Je me paie tellement de fous rires en discutant avec elle que je lui accorde beaucoup de crédit et veut en savoir plus. La cinquantaine de messages échangés en un week-end ne fait que renforcer cette envie et pourtant elle reste avare en réponse. Le feeling étant excellent, je lui propose donc de se rencontrer le week-end suivant. Christelle est une experte au jeu du ni oui ni non ni peut être. C’est elle qui mène la danse. Pendant une semaine, j’ai employé toutes les ruses possibles, le harcèlement, l’ignorance, la flatterie, la gentillesse, impossible d’obtenir une réponse claire. Je ne sais pas sur quel pied danser.

Plus le week-end se rapproche et plus j’échafaude les scénarios les plus négatifs. Chat échaudé craint l’eau froide. Elle n’a pas envie de me voir. Elle a sûrement rencontré un autre garçon. C’est la douche froide. Mais contre toute attente, je reçois un message dimanche. Elle me propose une balade. Je file prendre une douche chaude et arrive au lieu de rendez-vous, sans trop savoir à quoi m’attendre. Je sais à peine à quoi elle ressemble. Ça ne me ressemble pas d’accepter tant d’inconnues mais je tiens à résoudre l’équation Christelle.

Je l’attends fébrilement au lieu convenu. Toutes les filles blondes aux cheveux longs sont susceptibles d’être Christelle. Je manque d’engager la conversation avec une fille mais ce n’est pas elle. Les secondes passent et je me dis que je suis le dindon de la farce, ça sent le lapin. Une charmante fille arrive alors, je la vois descendre les escaliers alors qu’elle devrait les monter pour me rejoindre. Encore raté, dommage, elle est était vraiment jolie. Je la vois faire demi-tour et me sourire. C’est Christelle ! Je suis tellement surpris que je n’ai pas le temps d’être timide.

La balade est une suite d’énigmes que je dois résoudre. J’utilise 8 tentatives sur les 50 à ma disposition pour découvrir son métier. Elle est donc psychologue. Je suis fasciné par son sourire et absorbé par son regard. La balade se termine, je suis sous le charme, je n’ai qu’une envie la revoir et finir sur son divan.

Il faudra patienter puisqu’elle part pour deux semaines. Je lui propose d’aller au théâtre à son retour. 3 jours sans réponse et la délivrance arrive, elle est partante. Je m’empresse de réserver les billets. Quelques jours avant, je lui envoie un message pour lui demander comment on s’organise en lui donnant mon numéro de téléphone. Pas de réponse. Le jour de la représentation, toujours pas de nouvelles. Je me fais une raison, elle a changé d’avis. Finalement, deux heures avant le début du spectacle, je reçois le sms tant attendu. Mieux vaut tard que jamais. Il me tarde de la revoir mais je ne m’explique pas ce silence radio. J’ai pourtant de bonnes ondes avec elle et dès que je suis en sa compagnie j’oublie vite les problèmes logistiques. Le verre qui suit la pièce est mémorable. Dans un pari il y un voleur et un imbécile. En pariant un restau je ne pensais pas que je serais l’imbécile. Elle se vante de  pouvoir changer son pull de sens sans le retirer. Je suis sûrement le plus gêné des deux quand elle enclenche le processus. Le plus incroyable est qu’elle réussit, cette psy est aussi folle que ses patients et j’adore ça. Je ne soupçonnais pas ses talents de transformiste.

L’activité pour le week-end suivant est le salon du voyage. Encore une fois, la semaine se passe sans que je sois sûr qu’elle m’accompagnera et une fois encore au dernier moment elle confirme sa présence. En arrivant au salon, elle décide que le défi du jour est de participer à tous les jeux concours pour gagner un voyage et si l’un de nous est l’heureux vainqueur, nous partons ensemble. Sautant sur l’occasion et sans attendre les tirages au sort, je lui fais une proposition, dans deux semaines, city trip en Europe ensemble. Elle est déstabilisée mais comme d’habitude, elle ne dit pas oui mais ne refuse pas non plus. Le soir même je me mets en quête d’une destination et le lendemain je lui propose deux jours à Lisbonne. Rendez-vous dans un bar pour en discuter.

Le début de la conversation s’annonce mal, elle m’explique que c’est un peu rapide pour elle, que sa séparation est encore fraîche. Je la comprends parfaitement et on remet le projet à plus tard. La discussion se poursuit sur le monde de la psychanalyse. J’apprends qu’elle est du genre à sécher ses propres rendez-vous obligatoires avec un psy. Ce qu’elle aime, elle, c’est la thérapie par le rire et en effet, qu’est-ce qu’on rigole.

Au moment de se quitter, elle sort son téléphone pour regarder le prix des voyages à Lisbonne. Après 5 minutes de réflexion, elle me donne le go, on part ! Je lui promets de réserver les vols dès le lendemain. Elle me vole un baiser et file sans se retourner. Je reste sans réaction.

Le lendemain au moment de cliquer sur le bouton valider la commande, la sagesse me commande de lui envoyer tout de même un message pour lui demander si elle est n’a pas changé d’avis. Je n’ai jamais eu de réponse et plus jamais de nouvelles, et encore moins d’explications.

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Parfois j’ai l’impression d’avoir rêvé cette histoire. Mais grâce aux cours de psychologie accélérés que j’ai suivi durant les deux mois qu’a duré cette histoire, j’ai compris que Christelle avait deux elles. L’improvisation lui donnait des ailes mais la planification les lui coupait. La peur de s’engager lui a fait prendre son envol, syndrome pourtant souvent déclaré comme l’apanage de la gent masculine. Finalement cette histoire a fait Psy..cht !

Déçu j’ai définitivement supprimé mon profil sur le site de rencontres et annulé également toutes les consultations chez mon psy, j’ai fait l’économie d’une thérapie. Finies les aventures virtuelles, place au monde réel. Je suis sortie prendre l’air. Une fille qui n’en manquait pas est venu m’aborder, on ne s’est plus quitté…

Ces histoires sont inspirées de faits virtuels ayant entraînés des rencontres bien réelles. Toutes ressemblances avec des événements ayant existés ne seraient pas totalement fortuites mais les prénoms des protagonistes ont été changés afin de garantir l’intégrité physique de l’auteur !

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